PGE – Dispositif sauveur ou emprunt toxique ?

PGE – Dispositif sauveur ou emprunt toxique ?

2L CONSULTANTS et ses partenaires ont déjà accompagné plus de 40 entreprises dans l’obtention de prêts garantis par l’Etat.

Dispositif d’urgence mis en place pour sauver les entreprises de la faillite, cet outil présente par avance des signes de toxicité majeure tant au niveau micro que macroéconomique.

Les banques n’aiment pas ça

Les banques ne sont rémunérées d’aucune façon dans l’octroi des PGE : ni en intérêt, ni en frais de dossiers. Au mieux, peuvent-elles espérer que le temps de vie supplémentaire des entreprises qu’elles sont amenées à ressusciter plus ou moins durablement leur permettra de payer des frais ou des intérêts sur d’autres services. Rien n’est moins sûr.

Les banques sont amenées à supporter 100% du risque pendant 2 mois, puis 10% ensuite sous réserve que la BPI ne vienne pas remettre en question les critères d’attribution du PGE, et le risque non nul de poursuites des banques pour soutien abusif.

Certes les dettes souveraines ont été reprises par la BCE mais une fois de plus, on confond le cash et le résultat…

Autant dire que la probabilité que le coût du risque bancaire explose est particulièrement élevé.

Toutes les caractéristiques d’un emprunt toxique, la rentabilité en moins

Le passif du bilan représente les dettes de l’entreprise, autrement dit l’argent qu’elle doit à quelqu’un. Plus le montant est placé en haut du passif, plus son échéance est lointaine.

Tout en haut, on retrouve les capitaux propres : c’est la “dette” de l’entreprise envers les actionnaires. Puis les dettes envers les banques, puis enfin les dettes envers les fournisseurs, l’Etat… Le PGE consiste à descendre du résultat négatif induit par la non-activité (résultat négatif, autrement dit “perte”) dans les dettes bancaires. On fait donc supporter à la banque la perte qui ne peut être supportée par l’actionnariat : pas étonnant que la banque n’est pas une grande fan… Mais admettons.

La question principale avec une dette, c’est de savoir quand elle sera remboursée.

Aujourd’hui, beaucoup d’entreprises n’ont pas l’activité qui leur permette de générer des flux de trésorerie positifs suffisants pour rembourser. On leur accorde donc un délai. Mais une fois ce délai arrivé, il faudra payer. On parie donc sur les rentrées futures, quand la rentabilité sera au rendez-vous. Ce remboursement viendra en plus des autres décaissements opérationnels.

Sous réserve qu’il soit suffisant, le cashflow utilisé au remboursement du crédit ne sera donc pas utilisé pour rémunérer les actionnaires, les salariés, pour investir ou simplement consolider les fonds propres. Pour ce faire, l’entreprise n’aura d’autre choix que de chercher à augmenter ses marges soit par la hausse des prix, soit par la baisse des coûts (donc acheter moins cher, limiter la masse salariale…).

On tient le même raisonnement avec les étudiants : certains jeunes sortent de grandes écoles privées avec des ardoises de 5 ans x 30 000 € = 150 000 € et n’ont donc comme solution que de demander des salaires exorbitants au regard de la valeur qu’ils produisent. Nombre d’analystes ont déjà pointé du doigt le risque systémique important induit par ces emprunts.

Si la croissance n’est pas au rendez-vous, les défaillances en cascade vont fragiliser les banques et l’Etat (qui est caution). L’Etat devra donc abandonner ces dettes au profit des entreprises (il les payera de toute façon) entraînant une baisse des budgets publics généralisée et/ou une hausse des impôts pour les survivants.

What else ?

La vraie problématique est “que faire d’autres ?”.

Le fait de ne pas accorder ces PGE aurait induit une série de défaillances majeures pour les entreprises n’ayant pas une assez bonne solidité financière. Cela englobe les entreprises déjà en difficultés qui seraient peut-être mortes de toute façon. Mais également d’autres à qui, avec le PGE, on a donné une chance de s’en sortir et qui, pour certaines, s’en sortiront.

Le risque systémique est pris par l’Etat, et dans une moindre mesure par les banques. Mais une moindre mesure en macro-économie, ça fait tout de même quelques milliards. Peut-être faudra-t-il venir au secours des banques (si on le peut) à terme. Peut-être également est-ce un retour des choses après leur sauvetage en 2008. Leur business model était déjà bien affaibli avant la crise par les taux d’intérêts faibles, la concurrence des e-banques et la menace de la blockchain : s’en est suivi une diversification de leurs activités plus ou moins heureuse à l’occasion de laquelle les banquiers se sont transformés en vendeurs de téléphones et d’alarmes, parfois au détriment d’un conseil financier pertinent.

Aujourd’hui, les banques ont été contraintes de jouer une partie sans avoir le droit de lancer les dés. On peut leur reprocher beaucoup de choses, mais force est de constater que leur position est pour le moins désagréable et que globalement, elles n’ont pas non plus d’intérêt dans la défaillance de leur client.

Conclusion

Si le PGE est la solution phare retenue par l’Etat pour sauver les entreprises, il induit des déséquilibres majeurs dans l’architecture financière des acteurs économiques privés dont le risque est porté par l’Etat mais également par les banques, sans que celles-ci ne soient rémunérées pour ce faire.

Il reste une solution majeure pour sauver les entreprises, mais sa souscription doit être accompagnée d’une réflexion sur l’architecture globale du financement et son adéquation avec l’équation de profit de la société. Il peut être couplé avec certaines autres aides dont certaines contribuent directement à renforcer les fonds propres.

Un pari sur l’avenir et la croissance est fait : que se passera-t-il si on ne le gagne pas ?

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